Les fautes qu’on voit et celles qu’on ne voit pas : La chronique de Laélia Véron

Dans une récente chronique sur Radio Nova, la linguiste Laélia Véron a soulevé une question aussi subtile que révélatrice : pourquoi certaines fautes de langue nous sautent-elles aux yeux, tandis que d’autres passent totalement inaperçues ? À travers un exemple marquant – un sketch de Manu Payet où il critique la façon de parler des enfants de ses amis, tout en commettant lui-même une faute de grammaire – elle illustre un phénomène socio-linguistique bien connu : nous sommes souvent plus indulgents envers nos propres erreurs que vers celles des autres.

Ce biais n’est pas anodin. Il reflète une hiérarchie implicite dans notre rapport à la langue. Les « fautes » que l’on repère immédiatement sont souvent celles qui s’écartent des normes sociales dominantes, celles qui trahissent un accent, une origine géographique ou sociale. À l’inverse, les erreurs commises par des locuteurs perçus comme légitimes – parce qu’ils parlent avec aisance, ou qu’ils appartiennent à un milieu favorisé – sont rarement relevées. Laélia Véron rappelle que la langue est un terrain de pouvoir : corriger autrui, c’est souvent affirmer une supériorité, consciente ou non.

Pourtant, la langue est avant tout un outil vivant, en constante évolution. Ce que nous considérons comme une « faute » aujourd’hui pourrait bien devenir la norme de demain. L’histoire du français regorge d’exemples : « aujourd’hui » était autrefois un pléonasme, et « je me lave » était jugé incorrect avant de s’imposer. Laélia Véron, avec Maria Candea, a d’ailleurs exploré ces mécanismes dans leur ouvrage Le français est à nous ! : l’orthographe et la grammaire ne sont pas neutres, elles sont le produit de choix politiques et sociaux.

Alors, comment dépasser ce piège ? Peut-être en adoptant une posture plus humble face à la langue. Au lieu de pointer du doigt les écarts des autres, interrogeons-nous sur nos propres certitudes. Et si, plutôt que de chercher à corriger, nous cherchions à comprendre ? La langue, après tout, est un espace de diversité et de créativité. Comme le souligne Laélia Véron, le vrai danger n’est pas de faire des fautes, mais de croire qu’il n’existe qu’une seule façon de bien parler.

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