Jamais aussi gêné de ma vie : Daniel Morin

Il y a des moments dans une existence où l’on se dit : « Bon, là, c’est mort, je vais devoir déménager. » Pour moi, ce moment est arrivé hier, alors que je me tenais, innocent comme un agneau sacrifié sur l’autel du ridicu­le, devant une assemblée de collégiens en pleine crise d’adolescence. J’avais été invité à animer un atelier sur « l’humour à la radio ». Erreur. Catastrophique.

D’abord, parce que j’ai confondu « collégiens » et « collègues ». J’ai donc débarqué avec mon répertoire habituel : blagues sur la calvitie, les dettes du service public, et mes imita­tions ratées de Nicolas Demorand. Spoiler : les ados n’ont rien compris. Pire, l’un d’eux a levé la main pour demander : « Monsieur, c’est quoi un limerick ? » J’ai failli pleurer. J’ai expliqué, avec la patience d’un saint (ou d’un type qui sait qu’il va finir en PLS dans les toilettes du CDI) : « C’est un poème court, souvent grivois, avec une chute qui claque. » Silence. Puis une voix au fond de la salle : « C’est comme un TikTok, mais en moins drôle ? » Checkmate.

Ensuite, j’ai tenté une blague sur les profs. « Vous savez, les profs, c’est comme les chroniques de France Inter : on fait semblant d’écouter, mais au fond, on attend la sonnerie. » Rires ? Aucun. Juste le regard noir de la prof de français, qui m’a lancé un « On en reparle après » dignes des pires menaces de cour de récré. J’ai sentis mes aisselles transpirer. Jamais aussi gêné de ma vie.

Et puis est arrivé le clou : la partie « questions/réponses ». Un élève a demandé : « Pourquoi vous avez les cheveux courts ? » J’ai répondu, avec une assurance que je n’avais pas : « Parce que je suis un homme viril, un mâle alpha, un… » « Non, mais sérieusement, vous avez une maladie ? » a enchaîné un autre. J’ai bafouillé quelque chose sur « la génétique, le destin, et le fait que mon coiffeur a déménagé ». Les rires ont fusé. Enfin. Sauf que c’était des rires sur moi, pas avec moi. La différence est subtile, mais cruciale.

En sortant, j’ai croisé le principal, qui m’a glissé : « On vous rappellera. » Traduction : « Ne revenez jamais. » Dans la voiture, j’ai appelé mon agent pour lui annoncer que j’allais me reconvertir dans la comptabilité. « Tu sais additionner ? » m’a-t-il demandé. « Non. » « Bon, ben reste dans l’humour. »

Morale de l’histoire : la gêne, c’est comme la radio – ça passe mieux quand on est du bon côté du micro. Et moi, hier, j’étais clairement du côté des auditeurs… qui zappent.

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