Il y a des combats qui semblent perdus d’avance : la fin des bouchons de stylo qui fuient, la disparition des chaussettes dans le tambour de machine, et surtout, l’éradication des chewing-gums collés sur les trottoirs. C’est ce dernier fléau si, si, un vrai fléau, interrogez n’importe quelle semelle de basket en détresse qu’Arnaud Cosson a choisi de traiter avec tout le sérieux qu’on lui connaît. Autrement dit : aucun. Et c’est précisément pour ça qu’on l’aime.
Un sketch qui colle aux semelles
Passé dans l’émission On n’demande qu’à en rire le 21 juin 2011, « Les chewing-gums, fléau des trottoirs » a marqué le onzième passage d’Arnaud Cosson dans l’émission de France 2. Le principe ? Décortiquer, avec une gravité de conférence sur le réchauffement climatique, un « problème de société » aussi gluant qu’omniprésent. L’humoriste y démontre une fois de plus son talent signature : partir d’un micro-sujet du quotidien et le faire gonfler comme une bulle de malabar jusqu’à l’absurde.

Le public a d’ailleurs adhéré comme un chewing-gum fraîchement craché sur du bitume chaud : puisque le sketch a décroché un joli score de 87 points. Un carton qui confirme une évidence : quand Cosson s’attaque au quotidien, c’est toujours nous qu’il attaque, gentiment.
Le Cosson, recette maison
Pour ceux qui débarqueraient dans l’univers du bonhomme : Arnaud Cosson, fils de gendarme né à Rennes, a commencé par animer des hôtels clubs aux quatre coins du monde avant de débarquer à Paris en 2004 avec ses premiers sketchs. Après avoir fait ses armes en scènes ouvertes, il s’est forgé un style bien à lui : des personnages décalés, un sens du rythme imparable et cette capacité à faire rire sans jamais moquer ses personnages : il les aime, tout en les observant avec une loupe légèrement tordue.

Ses passages dans On n’demande qu’à en rire : onze au total, de « Encore une victime du balconing » à « Monaco en ligue 2 » ont fait de lui l’un des visages réguliers de l’émission. Et parmi cette belle collection, le sketch sur les chewing-gums reste un favori des nostalgiques : c’est le genre de sujet qui ne vieillit pas, puisque hélas, les trottoirs, eux, n’ont jamais été nettoyés.
Pourquoi ça marche encore
La force du sketch tient à sa simplicité. Pas besoin de contexte, pas besoin d’actualité : qui n’a jamais posé le pied sur un chewing-gum abandonné et vécu les cinq secondes de panique qui précèdent le « non mais c’est pas possible, ça collait à ma chaussure tout ce temps ? ». Cosson transforme ce mini-drame quotidien en plaidoyer burlesque, avec cette énergie de vendeur de tapis persuadé de détenir LA cause du siècle.

Quinze ans plus tard, le fléau court toujours, et le sketch fait toujours mouche. Preuve éclatante que le meilleur humour est souvent celui qu’on ramène du trottoir, collé sous nos chaussures, s’il vous plaît ne l’oubliez pas : merci de ne pas cracher votre chewing-gum sur le passage, et merci de revoir ce sketch. Pour la culture, évidemment.