Les enfants ont leurs comptines du soir. Les adultes, eux, ont Antonia. Et crois-moi, quand la compagne de Papa Nono décide de conter l’histoire de Babar comme personne d’autre au monde ne saurait la raconter, le énième passage télé d’un éléphant céleste devient un grand moment de télévision. Attachez vos tympans : ce soir, on ne lit pas un conte, on le vit.
Un classique devenu sketch culte
Ce passage, c’est le quatrième d’Antonia de Rendinger sur le plateau d’« On n’demande qu’à en rire », diffusé le 3 décembre 2012. Le principe est simple et diablement efficace : Antonia, fausse interviewer au sourire carnivore et au débit d’obus, reçoit des personnalités et les entraîne dans des reconstitutions complètement déjantées de contes et de classiques de notre enfance. Après « Boucle d’or et les trois ours », « Le petit chaperon rouge » et autres tribulations, elle s’attaque cette fois au roi des éléphants.
Laurence Ferrari ou plutôt son double caricatural se retrouve donc propulsée narratrice de « L’Histoire de Babar ». L’occasion pour Antonia de dérouler tout son art du second degré : répliques à l’emporte-pièce, mise en abyme, calembours qui fusent et ce talent unique qu’elle a pour transformer un innocent album jeunesse en tragédie télévisuelle hautement political-incorrecte. Le public fait le reste : réactions, rires nerveux, ce petit silence gêné juste avant l’explosion de rire et la signature d’un vrai sketch qui ose.
Un carton plein chez le jury
Côté score, ce quatrième passage a tapé dans le mille : 93 points, avec un 20/20 généreux de Catherine Barma, 19 chez Alain Sachs, et un solide 18 apporté par Jean Benguigui, Laurent Ruquier et le public. Des chiffres qui disent une chose simple : sur le plateau de l’émission de France 2, ce soir-là, tout le monde était d’accord pour dire que l’éléphant avait rarement été aussi drôle.
C’est aussi ça, la magie de la formule Antonia : prendre des invités qui incarnent d’ordinaire le sérieux des plateaux journalistes, personnalités du PAF et les faire plonger dans l’absurde assumé. Le contraste fait le sel du sketch, et Laurence Ferrari s’y prête avec un enthousiasme désarmant, oscillant entre narration classique et plongée en eaux troubles du non-sens.
Pourquoi (re)voir ce sketch aujourd’hui ?
Parce que l’humour d’Antonia ne prend pas une ride. La parodie de la télé, la déconstruction des contes pour enfants, le jeu avec les codes du direct : tout cela résonne encore, à une époque où le second degré est devenu une langue officielle. « Laurence Ferrari raconte Babar », c’est un concentré de ce que l’émission a produit de meilleur : de l’artisanat comique fait main, du récit détourné avec amour, et un final qui reste en tête bien après l’extinction des applaudissements.
Alors installe-toi, monte le son, et laisse-toi conter l’histoire de l’éléphant le plus célèbre de France par la voix la plus inattendue du PAF. Promis, tu ne regarderas plus jamais les albums de ton enfance du même œil et tu chercheras immédiatement les autres passages d’Antonia, parce qu’un seul, franchement, ça ne suffit pas.
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