« Gaby, tu as le viseur sur l’Élysée » : Quand Bashung croisait la politique en chanson
En 1980, Alain Bashung révolutionnait le paysage musical français avec « Gaby, oh! Gaby », un tube aussi déjanté que poétique. Aujourd’hui, ce titre résonne avec une ironie inattendue : « Gaby, tu as le viseur sur l’Élysée ». Mais qui est donc cette Gaby, et pourquoi son nom semble-t-il hanter les couloirs du pouvoir ?
À l’origine, « Gaby, oh! Gaby » est une chanson écrite par Boris Bergman et interprétée par Bashung, alors au bord de l’abandon par sa maison de disques. Les paroles, à première vue absurdes (« J’fais mon footing au milieu des algues et des coraux »), cachent une profondeur insoupçonnée. Gaby, c’est en réalité une figure marginale, un travesti ou une personne transgenre, inspirée de l’argot « gaboune », qui désignait autrefois un homosexuel. Bergman lui-même a expliqué que ce morceau était « un texte sur les minorités, ceux que la différence fait tomber dans les puits de solitude ».
Pourtant, en 2026, le nom « Gaby » prend une résonance politique. Imaginez : un candidat ou une candidate inattendu(e), issu(e) des franges de la société, braquant le projecteur sur l’Élysée. « Tu as le viseur sur l’Élysée » devient alors une métaphore de l’ambition décomplexée, voire de la subversion. Bashung, lui, jouait avec les mots comme avec les codes sociaux. Sa Gaby, c’était l’outsider, celui ou celle qu’on ne voit pas venir, mais qui finit par s’imposer. « J’peux pas dormir, j’fais qu’des conneries » : n’est-ce pas le lot de tout politique en campagne, obsédé par l’objectif ultime ?
La chanson, avec son mélange de nonsense et de mélancolie, a marqué les esprits. Elle a sauvé la carrière de Bashung, qui, avant ce succès, était au bord de l’oubli. « Gaby » est devenue un hymne involontaire pour tous ceux qui, comme elle, refusent de se fondre dans le moule. Alors, si « Gaby a le viseur sur l’Élysée », c’est peut-être le signe que la politique française a besoin d’un peu de cette folie bashungienne : un brin de provocation, une touche de poésie, et surtout, l’audace de bousculer les certitudes.
En ces temps où les campagnes électorales se multiplient, « Gaby » nous rappelle que le pouvoir peut aussi être une surprise-partie – pour reprendre les termes de la chanson. Et si la prochaine locataire ou le prochain locataire de l’Élysée s’appelait… Gaby ?