Il y a des décisions qui chamboulent une famille, et il y a des sketches qui chamboulent un plateau télé. Le 30 mars 2011, dans l’émission « On n’demande qu’à en rire » de Laurent Ruquier sur France 2, l’humoriste Constance signait son 14ème passage avec un numéro intitulé « Une ado décide de devenir végétarienne ». Résultat des courses : 83 points au compteur, et un public conquis : même si, ironie du sort, personne n’a quitté la salle en boudant le buffet.
Le concept tient en une phrase : une adolescente rentre à la maison et annonce, avec la fermeté d’une syndicaliste en pleine négociation collective, qu’elle ne mangera plus jamais de viande. Ni steak, ni poulet, ni même ce fameux rôti du dimanche que maman prépare depuis des générations avec l’amour et le beurre nécessaires. Commence alors un bras de fer générationnel savoureux, où chaque bouchée devient un champ de bataille et où le frigo se transforme en zone de guerre froide et au sens propre comme au figuré.
Car c’est tout le talent de Constance : prendre une situation du quotidien et combien de parents ont vécu cette scène autour de leur propre table ? et la pousser dans ses retranchements les plus absurdes. L’ado devenue végétarienne n’est pas seulement une fille qui refuse sa côtelette, c’est une militante en herbe qui découvre les joies de l’argumentaire : la souffrance animale, l’empreinte carbone, et cette arme fatale qu’est le regard coupable lancé à la casserole de bœuf bourguignon. Le tout avec ce ton à la fois naïf et déterminé qui fait tout le sel du personnage.
Face au jury, le sketch a fait mouche. Jean Benguigui, le plus généreux de la soirée, a attribué un 18 étincelant, suivi de près par Laurent Ruquier et Catherine Barma à 17, Jean-Luc Moreau à 16, et le public, un peu plus difficile à convaincre, à 15. Un total de 83 points qui place ce passage dans le haut du panier des prestations de Constance dans l’émission. Pas de quoi décrocher les étoiles du Michelin végétarien, mais largement de quoi repartir avec les félicitations du jury — et sans doute l’envie d’une bonne salade composée.
Au-delà du rire, le numéro dit quelque chose d’une époque : en 2011, le végétarisme faisait déjà débat à la table des familles françaises, entre incompréhension amusée et vraies questions de société. Constance capture ce moment de bascule culturelle avec une légèreté qui ne tombe jamais dans la caricature facile. On rit de l’ado, bien sûr, mais on rit aussi des parents, de leur panique culinaire et de leur imbroglio nutritional improvisé parce qu’au fond, chacun a déjà été d’un côté ou de l’autre de cette table.
Alors si vous n’avez jamais vu ce passage, ou si l’envie vous prend de replonger dans l’âge d’or de l’émission qui a fait souffler un vent de fraîcheur sur l’humour télévisuel français, ce sketch est un excellent point d’entrée. Court, punchy, et terriblement juste. Attention toutefois : risque élevé de finir par inspecter la composition de votre propre assiette d’un œil soupçonneux. Vous voilà prévenus.