Depuis 1945, le travail était synonyme de progrès. Chaque génération vivait mieux que la précédente, grâce à des salaires en hausse et à une productivité croissante. Pourtant, depuis une quinzaine d’années, ce contrat social se fissure. Aujourd’hui, en France, le travail ne paie plus — du moins, il ne permet plus d’améliorer durablement son niveau de vie. Ce constat, partagé par des économistes comme Antoine Foucher dans son essai « Sortir du travail qui ne paie plus », interroge les fondements mêmes de notre modèle économique et social.
Un double blocage : productivité et prélèvements
Deux raisons structurelles expliquent cette rupture. D’abord, la productivité stagne. Depuis les années 2010, les gains de productivité en France progressent à un rythme anémique, inférieur à 1 % par an selon l’Insee. À ce rythme, il faudrait travailler plus de 80 ans pour doubler son niveau de vie — une perspective impensable pour les actifs d’aujourd’hui. Ensuite, le financement du modèle social pèse de plus en plus lourd sur les salaires. Les prélèvements sociaux représentent désormais 46 % du salaire brut moyen, réduisant d’autant le salaire net perçu par les travailleurs. Résultat : pour toucher 2 100 € nets, il faut que l’employeur dépense près de 3 800 €.
Un ascenseur social en panne
Pendant les Trente Glorieuses, le pouvoir d’achat augmentait en moyenne de 5 % par an. Aujourd’hui, cette progression est tombée à 0,8 % — voire moins pour les classes moyennes et populaires. Pire, la durée du travail ne diminue plus, alors que les inégalités entre travailleurs s’accroissent. Les jeunes générations, diplômées et qualifiées, peinent à accéder à un logement ou à épargner, malgré des emplois souvent précaires ou mal rémunérés.
Quelles solutions ?
Face à ce diagnostic, les pistes sont multiples. Antoine Foucher plaide pour un « nouveau contrat social », reposant sur une meilleure répartition des charges entre travailleurs, rentiers, héritiers et consommateurs. Il propose notamment de baisser les prélèvements sur le travail (cotisations salariales, impôts) pour redonner du pouvoir d’achat aux actifs, tout en taxant davantage les revenus du capital ou la consommation. D’autres voix appellent à relancer l’industrie et la formation professionnelle, deux leviers historiques de la création de valeur et de salaires décents.
Un enjeu de société
Le travail reste un pilier de notre cohésion sociale. Mais pour qu’il redevienne un vecteur d’émancipation, il faut agir vite. Sinon, le risque est grand de voir s’installer une société où le mérite individuel ne rime plus avec réussite collective — et où le désenchantement l’emporte sur l’espoir.