Rachel Keke : ex députée LFI et femme de ménage : punie pour avoir lutté ?

Rachel Keke, ancienne députée La France Insoumise (LFI) et ex-femme de ménage, incarne un parcours aussi inspirant que révélateur des inégalités sociales en France. Son histoire, celle d’une femme partie de rien pour devenir une voix politique majeure, interroge : peut-on encore, aujourd’hui, être sanctionné pour avoir défendu ses droits ?

Originaire de Côte d’Ivoire, Rachel Keke arrive en France sans papiers, avec pour seul bagage une détermination à toute épreuve. Pendant près de vingt ans, elle nettoie les chambres de l’hôtel Ibis Batignolles à Paris, souvent dans des conditions précaires : horaires interminables, salaires de misère, et des heures supplémentaires non payées. En 2019, elle se met en grève avec ses collègues pour dénoncer ces abus. 22 mois de lutte plus tard, leur mobilisation aboutit à une victoire historique : la reconnaissance de leurs droits et une amélioration de leurs conditions de travail50-50magazine.fr.

Mais cette victoire a un prix. Rachel Keke, porte-parole du mouvement, devient une cible. Licenciée en 2020 par son employeur, elle est réembauchée sous la pression médiatique et syndicale, mais son combat ne s’arrête pas là. En 2022, elle entre à l’Assemblée nationale sous l’étendard de LFI, devenant la première femme de ménage à siéger parmi les députés. Son élection, symbole d’espoir pour les travailleurs invisibles, est aussi un rappel cuisant des privilèges de classe qui structurent encore la société française.

Pourtant, en 2024, la dissolution de l’Assemblée nationale met fin à son mandat. Ex-députée, mais pas ex-combattante, Rachel Keke continue de s’engager sur le terrain, aux côtés des grévistes et des précaires. « Ce n’est pas parce que je ne suis plus députée que je vais abandonner le terrain », déclare-t-elle avec la fermeté qui la caractérise. Son parcours pose une question essentielle : dans un pays qui se veut le berceau des droits de l’homme, comment une femme peut-elle être punie — socialement, professionnellement — pour avoir osé exiger la dignité ?

Son livre, « Cette rage dans mon cœur », retrace cette trajectoire unique, de l’exploitation à l’émancipation, en passant par les violences sexuelles subies par les femmes de ménage, souvent racisées et méprisées. Rachel Keke y dénonce un système qui tolère l’injustice tant qu’elle reste invisible. « Ces femmes, comme ce sont des femmes racisées, elles ne connaissent pas leurs droits. Et le client fait tout ce qu’il veut », explique-t-elle, rappelant que la lutte pour l’égalité est aussi une lutte contre le racisme et le sexisme.

Aujourd’hui, Rachel Keke reste une figure de la résistance. Son histoire rappelle que la politique n’est pas réservée à une élite, mais qu’elle doit être le reflet des luttes de tous. Punie pour avoir lutté ? Peut-être. Mais son combat, lui, est loin d’être terminé.

3 Comments

  1. josé

    Rachel Keke incarne la résistance et la dignité face à l’injustice. Son parcours prouve que la lutte paie, même si le système tente de punir ceux qui osent le défier. Merci pour votre combat, Madame Keke ! La politique a besoin de voix comme la vôtre, issues du terrain et non des salons.

  2. jean

    Comment une société peut-elle se dire juste quand une femme comme Rachel Keke est licenciée pour avoir défendu ses droits ? Son histoire montre à quel point les inégalités de classe et de race sont encore ancrées en France. La punition pour avoir lutté, c’est le symbole même d’un système qui protège les privilégiés.

  3. alexandra

    Rachel Keke a ouvert une brèche, mais le combat continue. Combien de femmes de ménage, d’ouvriers, de précaires subissent encore des abus en silence ? Son livre et son engagement doivent nous interpellés : et nous, que faisons-nous pour soutenir ces luttes au quotidien ?

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