Il y a des idées qui claquaient comme une porte de frigo en pleine nuit. Celle de Gabriel Attal faisant un tour de France en est une. On se croirait dans un épisode de Koh-Lanta version politique : le jeune premier, sourire ultra-bright, qui part à la rencontre du peuple, micro tendu, comme s’il découvrait la France pour la première fois. Sauf que, spoiler, il en est déjà le Premier ministre. Ou du moins, il l’a été. Alors, ce tour, c’est un peu comme offrir un GPS à quelqu’un qui a déjà fait le tour du propriétaire.
Attal, c’est le genre de type qui, même en basket, a l’air de porter des costumes. Un prodige, un pur produit du système Macron, propulsé à 34 ans à Matignon comme on offre un stage de fin d’études à un fils de copain. Et le voilà qui prend la route, comme un VRP de la République, pour vendre du rêve à des gens qui, entre deux fins de mois, n’ont pas vraiment le temps de rêver. « Écoutez-moi, je suis jeune, je suis dynamique, je suis la France de demain ! » Sauf que demain, pour beaucoup, ça ressemble surtout à un loyer à payer.
Le pire, c’est que ce tour de France, c’est du déjà-vu. Tous les politiques le font. Chirac et sa charrette de foin, Sarkozy et ses meetings en plein air, Macron et ses selfies avec des agriculteurs qui, deux secondes après, lui envoient des tracteurs sur les Champs-Élysées. Attal, lui, il a choisi la version « je suis sympa, je bois un pastis au comptoir ». Sauf qu’à force de serrer des mains, on finit par se demander s’il reste du temps pour gouverner. Ou du moins, pour avoir des idées.
Parce que le fond, dans tout ça ? On le cherche encore. Entre deux « c’est historique » et trois « on va y arriver », on se demande bien quel est le cap. La France, elle, a des problèmes concrets : pouvoir d’achat en berne, services publics à l’agonie, écologie en mode « on verra plus tard ». Mais Attal, lui, il est en mode « communication ». Un tour de France, c’est bien. Mais un tour de France pour quoi ? Pour dire quoi ? Pour annoncer quoi ? À part « regardez comme je suis moderne et que je sais parler aux jeunes » ?
Et puis il y a le style. Ce côté « je suis le petit nouveau qui va tout révolutionner », alors qu’il est déjà un pur produit du système. Attal, c’est le gamin surdoué qui a toujours eu 20/20 sans jamais tricher, mais qui, une fois en politique, se rend compte que les notes, ici, se donnent à la loyauté et aux coups bas. Alors il compense avec de l’énergie, du sourire, et des phrases qui sonnent bien à la radio.
Au final, ce tour de France, c’est un peu comme un road-movie sans scénario. On roule, on s’arrête, on fait des discours, on repart. Et à la fin, il ne reste que des photos sur Instagram et l’impression tenace que, décidément, la politique est devenue un grand spectacle. Un spectacle où, cette fois, le metteur en scène s’appelle Gabriel Attal. Et où le public, lui, attend toujours la suite.