Le 21 avril 2026, Matthieu Delormeau, chroniqueur emblématique de la télévision française, a livré un témoignage poignant sur France Inter à l’occasion de la sortie de son livre « Addictions, il a suffi d’une fois » (Éditions Leduc). Parmi les phrases marquantes de son intervention, une résonne particulièrement : « La caméra repère la tumeur mentale et elle la fait grossir. » Cette métaphore forte illustre le rapport complexe que l’animateur entretient avec les médias, mais aussi avec lui-même.
Delormeau y évoque une descente aux enfers rythmée par l’addiction au GHB, à la cocaïne, et un isolement total qui l’a mené au bord de la ruine financière et psychologique. Son récit met en lumière un mécanisme implacable : la télévision, miroir grossissant des failles intimes, a agi comme un accélérateur de ses démons. « Fils ayant perdu sa mère à 9 ans, tenu à l’écart même de ses funérailles, il a cherché dans les caméras l’amour et la reconnaissance qui lui manquaient », explique-t-il. La célébrité, loin de combler ses manques, a au contraire exacerbé ses fragilités, transformant chaque apparition en une épreuve où ses blessures intérieures étaient exposées, puis amplifiées par le regard du public.
Cette prise de conscience tardive est d’autant plus frappante qu’elle s’appuie sur un conseil qu’il regrette de ne pas avoir suivi : celui de Marc-Olivier Fogiel, qui lui avait recommandé de « régler ses problèmes avant de faire de la télévision ». « Sinon, la caméra, c’est très simple : elle repère la tumeur et elle la fait grossir », lui avait prévenu l’animateur. À 30-35 ans, Delormeau n’a pas écouté. Aujourd’hui, il assume pleinement ses erreurs et met en garde ceux qui, comme lui, pourraient croire que la notoriété suffira à panser leurs plaies.
Son livre, « Addictions : il a suffi d’une fois », est un cri d’alarme. Il y décrit avec une sincérité rare la vitesse à laquelle l’addiction s’installe, surtout pour les personnes fragiles mentalement. « Si vous avez une quelconque fragilité mentale, que vous êtes anxieux, fragile, ne touchez pas à ça », insiste-t-il, soulignant que les solutions faciles se paient toujours au prix fort. Son histoire rappelle que derrière l’image publique se cachent souvent des combats invisibles, et que la lumière des projecteurs peut parfois brûler plus qu’elle n’éclairele.
En partageant son expérience, Matthieu Delormeau offre une leçon de vulnérabilité et de résilience. Son parcours montre que la guérison passe par l’acceptation de ses faiblesses, et que la véritable reconnaissance commence par se regarder en face, loin des caméras.