Pendant des années, une seule image hantait nos écrans quand on prononçait le mot « terrorisme » : le djihadisme. Et pourtant, dans l’ombre, une autre menace grossissait, silencieuse, structurée, et largement sous-estimée. C’est précisément ce que vient éclairer, d’une lumière glaçante, le documentaire en deux volets que diffuse ARTE et désormais disponible en intégrale, et que nous vous proposons de (re)découvrir ici même.
Une menace longtemps restée dans l’angle mort
Le constat du documentaire est sans détour : en Europe comme aux États-Unis, les attentats visant les minorités et les institutions démocratiques se multiplient. Longtemps reléguée au rang de folklore marginal par les services de renseignement, la violence d’extrême droite est devenue, selon plusieurs experts, l’une des menaces les plus imminentes pesant sur nos sociétés. En Allemagne, en France, en Suède ou encore aux États-Unis, la toile se tisse et elle se tisse en ligne.
Car c’est peut-être là le cœur du sujet : le darknet et les réseaux sociaux servent désormais d’accélérateur à la radicalisation. Les auteurs d’actions violentes ne sont plus des soldats endoctrinés dans des camps lointains, mais majoritairement des jeunes connectés, radicalisés à distance, souvent en réaction aux attentats djihadistes des années 2010. Des citoyens d’apparence ordinaire, des voisins, des visages connus des fils d’actualité.
Une enquête à hauteur d’hommes
Ce qui frappe dans ce documentaire, c’est sa méthode. Pas de débat de plateau, pas de sensationalisme : des témoignages. Des experts, des figures de l’ultradroite, des repentis, des proches de victimes. Tous convergent vers le même constat, plus inquiétant que la somme des attentats déjoués : une idéologie transnationale est en train de prendre forme, fondée sur des références communes et un culte voué aux tueurs de masse, érigés en véritables « saints » par leurs admirateurs.
Le premier volet s’attarde sur les projets d’attentats fomentés sur le territoire français et sur les mécanismes de bascule individuelle. Le second élargit le cadre : les réseaux d’entraînement créés par l’Américain Robert Rundo, leur diffusion en Europe, et l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021 comme point de bascule historique dont plusieurs membres d’organisations classées comme terroristes y ont pris part.
Une démocratie attaquée de l’intérieur
Le fil rouge de cette enquête ? L’objectif assumé de ces groupes : renverser les institutions démocratiques. Et le documentaire de souligner, sans doigtéisme, le rôle de la propagande décomplexée de certains idéologues et politiciens, qui normalisent en surface ce qui se prépare dans les profondeurs.
C’est un documentaire rude, oui. Nécessaire, surtout. À regarder d’une traite ou en deux temps, mais à regarder absolument — car comme le rappelle l’adage journalistique, la menace qu’on refuse de nommer est la menace qui prospère.
Bon visionnage, et n’hésitez pas à partager vos impressions en commentaire !