Édouard Philippe s’inscrit dans les pas de Jean-Marie Le Pen

Il y a encore quelques mois, Édouard Philippe était l’homme souriant du Havre, l’ancien Premier ministre qui courait le matin et parlait aux Français comme un prof de fac bienveillant. Aujourd’hui, à un an de la présidentielle de 2027, l’ancien locataire de Matignon a troqué ses baskets contre des bottes… et pas des plus discrètes.

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La bascule a eu lieu début novembre. Invité à commenter les pillages du 17 octobre, le candidat de Horizons a affirmé, sans ciller, que les jeunes issus de l’immigration étaient « surreprésentés » dans ces scènes de chaos, avant de plaider pour diviser par deux l’immigration légale. Un langage clinique, presque doux, mais un fond que l’on connaissait déjà. Le vocabulaire de la grande Muette du FN des années 80 : l’immigration comme explication universelle, la peur comme carburant politique.

La gauche a bondi, évidemment. Marine Tondelier a parlé d’un « signal funeste », les Écologistes ont hurlé au « flirt » avec l’extrême droite, et jusqu’au bloc central, l’ancienne maison commune de Philippe, on gratte la tête, gêné. Chez Macron, on se souvient d’un certain « en même temps » ; chez Philippe, c’est « en même temps, mais plus à droite ».

La technique, elle, est vieille comme la politique. On l’appelle le« hairpin turn »en anglais, le virage en épingle à cheveux. Jean-Marie Le Pen l’avait même théorisée sans la nommer : « Les gens croient à la fois à la Vierge et au parti communiste », souriait-il à propos de la contraception et de l’avortement. Traduction : le peuple est bigarré, il suffit de piocher dans chaque courant ce qui rapporte le plus de voix. Philippe, lui, pioche dans le sac de l’extrême droite l’immigration, la sécurité, l’ordre et espère empocher la mise en 2027.

Le problème, c’est que ce calcul a une vertu pédagogique involontaire : il valide le terrain de l’adversaire. Depuis quarante ans, chaque « récupération » des thèmes frontistes les rend un peu plus banals, un peu plus présidents. Le FN d’hier est devenu « zone de vacance » idéologique où tout le monde vient se servir : Nicolas Sarkozy en 2007, Manuel Valls sur l’identité, Éric Ciotti jusqu’au divorce avec LR, et désormais le héritier du macronisme. À ce rythme, en 2032, un candidat centriste promettra l’expulsion des boulangeries qui vendent la baguette trop cuite et on dira que c’est du bon sens populaire.

Édouard Philippe le sait mieux que personne : dans sa vita d’élu local, au contact réel de la banlieue havraise, il avait l’habitude d’opposer la parole apaisée au slogan. C’est précisément cette réputation de sérieux qui rend sa bascule efficace et dangereuse. Quand l’extrême droite hurle, on s’y habitue ; quand un ancien Premier ministre au verbe mesuré reprend le même diagnostic, le racisme ordinaire gagne un costume-cravate.

Reste à savoir si l’électeur y verra la clarification attendue ou le reniement d’un homme qui avait promis d’« apaiser » la France. L’histoire du hairpin turn a un autre enseignement, plus discret : celui qui court après l’extrême droite finit presque toujours derrière elle, jamais devant. Jean-Marie Le Pen, lui, savait que son terrain ne se partage pas et que les voix gagnées à droite se perdent au centre dès qu’on trahit le style pour les idées d’un autre.

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